Interview de Serge Lutens, créateur d’univers

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Mise à jour: 2008-01-17 15:48:54
Le mystérieux créateur se révèle un peu et partage sa vision du monde, du luxe et de la parfumerie.

Celui dont l’audace a fait des Salons du Palais Royal un lieu à la fois mythique et toujours magique, n’est pas venu à bout de son inspiration. Avec Louve et Sarrasins, ses deux dernières créations, il nous emmène une fois encore en voyage. Rencontre.

Firstluxe : Comment cette histoire d’amour avec le parfum a-t-elle commencé ?
Serge Lutens : Comme toutes les histoires d’amour, sans le comprendre vraiment.
Par le nez bien sûr, les autres sens aussi… et puis Marrakech en 1968 qui marque le déclic de ma parfumerie.

FL : Racontez-nous la naissance des Salons du Palais Royal ?
SL : Le Palais Royal à Paris est un lieu clos. Je l’ai choisi à l’époque, en 1992, pour éviter les boutiques de vêtements, de mode. Mon objectif était de créer un lieu pour les amateurs de parfums. Une maison de parfums comme on dirait une maison de thé.
Le lieu fut dessiné à partir de documentation que j’ai réunie sur la période la plus riche et la plus vivante au Palais Royal : le Directoire. Par les Salons du Palais royal, j’ai réinventé et revu cette période dans un kaléidoscope moderne. Et comme l’on dit : Si l’épicerie est bonne, les gourmets se déplacent.

FL : Quelle philosophie est la vôtre ?
SL : Laisser faire et faire avec. A vrai dire, je n’ai pas de philosophie. L’idée d’en avoir une me ferait mourir de rire !

FL : Comment vous définissez-vous ?
SL : Comme un homme qui ne se définit pas.

FL : Que souhaitez-vous transmettre dans vos créations ?
SL : Rien de précis. Ce que je pressens parfois est donné et reçu. Cela me suffit. Je n’ai pas de souhait particulier quant au transmettre.

FL : Qu’est-ce qu’un grand parfum à vos yeux ?
SL : Tout est relatif, dépendant de l’instant. Le parfum est à la première personne.

FL : Portez-vous un parfum ?
SL : C’est selon. Lorsque je suis sur la préparation d’un parfum, je ne me parfume pas, c’est évident. Pour les autres temps, c’est rare mais j’aime certains éclats. Un parfum doit me permettre de répondre.

FL : La Haute Parfumerie est-elle un luxe selon vous ?
SL : Qui la définit haute ? Le luxe est relatif à la personne.

FL : Qu’est ce que le luxe aujourd’hui ?
SL : Dans son entité général, pas grand-chose : beaucoup d’esbroufes, de toc, de paroles...
Le mot est largement abusé.

FL : Un souvenir qui vous émeut ?
SL : Une petite fille qui ramasse des feuilles mortes.

FL : Un rêve inassouvi ?
SL : Principalement, je n’assouvis jamais mes rêves. Ce serait terrifiant. Cela dit, dans la réalité, si le rêve appartient au réel, je continue d’avancer. Offrir, donner, faire, construire…

Firstluxe