La collection de sceaux impériaux d'Emile Guimet aux enchères chez Sotheby's Hong Kong
Mise à jour: 2008-09-03 14:31:18Le grand humaniste, philanthrope et collectionneur français visionnaire Émile Guimet (1836-1918) a laissé une marque significative dans le monde de l'art asiatique avec l'établissement en 1889 du Musée Guimet à Paris, qui reste l'un des plus grands musées asiatiques au monde. Emile Guimet possédait également des oeuvres d'art à titre privé et sa collection de cachets impériaux Qianlong va être vendue pour la première fois par ses descendants.
Hubert Guimet, son arrière-petit-fils, se souvient: "C'est par notre père que nous avons appris sur notre arrière-grand-père, mais aussi par ses lettres et ses nombreux compte-rendus de voyages. Nous vivons toujours dans la maison familiale à Fleurieu. Notre collection de cachets était toujours restée dans la salle à manger familiale où nous partagions nos repas. Ils ont été soigneusement placés dans un beau cabinet hollandais du 18ème siècle, à la place de la porcelaine, aujourd'hui. On pourrait dire qu'ils faisaient partie de notre vie quotidienne. Nos recherches nous les avons faits aimés, tout d'abord pour leur esthétique, pour l'excellence de la sculpture et la qualité du jade et ensuite, pour leur étrangeté, le plus souvent des têtes de dragon et également pour l'énorme histoire impériale qu'ils représentent et finalement, pour la grande influence de l'Empereur Qianlong."
Les cachets impériaux cristallisent l'autorité d'un Empereur et légitiment son verbe. Signature utilisée pour tous les documents officiels, il est aussi marque de collection, apposé sur des calligraphies, des peintures et alors souvent associé à des poèmes. Son usage est fort ancien :selon une légende apparue sous la dynastie Han, le premier sceau aurait été donné par un dragon jaune à Huangdi, l’Empereur Jaune,fondateur de l’empire du Milieu au IIIe millénaire avant notre ère. Ainsi, l’objet matérialise-t-il le mandat du Ciel adoubant son représentant sur Terre.
L'important et superbe Cachet "Dragon" Impérial de jade blanc sculpté dans un grand morceau tout à fait impeccable avec deux dragons entrelacés (attendu pour plus de 50 millions HK$, soit envison 4;3 millions d'euros), est le chef-d'œuvre de cette collection. Rappelons qu'en Chine, le jade blanc est considéré comme la plus estimée des pierres précieuses, avant même le diamant quand il est très pur. Stylistiquement, ce sceau se rapproche étroitement de deux cachets en or massif conservés au Musée de Palais de Beijing portant la marque de l'Empereur Kangxi. Son petit-fils, l'Empereur Qianlong, pour qui Kangxi a toujours été le mentor et le modèle à suivre, devait l'avoir énormément admiré pour avoir fait recopié pendant son règne, au milieu du 18ème siècle. Les quatre caractères gravés se lisent Qianlong yubi "De la Main Impériale de Qianlong" et ont été apposés sur les monumentales calligraphies de l'Empereur destinées à être accroché dans les palais de la Cité Interdite. Même si d'autres sceaux conservés au Musée du Palais de Beijing portent également les caractères Qianlong yubi, celui-ci est sans conteste le plus grand de son genre,selon les Archives Impériaux.
Un autre sceau remarquable, un imposant et massif Cachet "Dragon" Impérial de jade vert Khotan (attendu pour plus de HK$20 millions, soit environ 1,7 millions d'euros) est taillé dans un morceau massif, gravé des caractères Tian'en Baxun Zhibao "Trésor de l'Empereur aux Quatre-vingt Remerciements à la Bénédiction du Ciel" et a été produit pour célébrer son quatre-vingtième anniversaire. Qianlong lui-même avait commenté: "J'ai été particulièrement béni par le Ciel, c'est pourquoi je possède le cachet Tian'En Baxun Zhibao taillé pour exprimer ma gratitude au Ciel". Le 5 décembre 1789, l'Empereur avait passé commandé d'un grand sceau de jade vert Khotan à envoyer à Suzhou pour être gravé avec cette inscription et le cachet lui a été livré à la Cité Interdite le 28 janvier 1790.
L'Empereur Qianlong a reçu une éducation soignée, parle non seulement le chinois, mais aussi le mandchou et diverses langues, dont le tibétain, pratique les arts guerriers traditionnels, le tir à l’arc et l’équitation... Despote éclairé, il se révèle aussi collectionneur dans l’âme : il amasse peintures et calligraphies, comme les palais et les jardins. Il est lui-même auteur de quelque 40 000 poèmes et fin calligraphe. Il fit sculpter bon nombre de cachets. Par respect pour son grand-père, Qianlong décide de renoncer au trône en 1796, à quatre-vingt-six ans, sans toutefois cesser de gouverner l’Empire jusqu’à sa mort, trois ans plus tard.
Rappelons qu'un exceptionnel cachet de l'empereur Kangxi (1662-1722), en stéatite beige (photo 2) ayant appartenu à l'empereur Kangxi (1662-1722), sculpté en ronde bosse de deux dragons poursuivant le joyau sacré parmi des nuages, gravé des six caractères Kangxi yubi zhi bao, " Grand sceau du Pinceau impérial sous le règne de Kangxi ", a été adjugé le 14 juin dernier par l'Etude Chassaing Marambat à Toulouse pour 4,7 millions d'euros, record mondial détenu jusque là par un autre sceau impérial en jade blanc pour un montant de près de 4,25 millions d'euros chez Sotheby's à Hong Kong, en octobre 2007.
Sotheby's Hong Kong. Legacies of Imperial Power. 8 octobre 2008.